Soleil

Pied de céleri

Il y a quelques temps, mon chéri a acheté un pèse-personne «intelligent». Ce qualificatif signifiant d’une part, qu’il communique avec ton téléphone intelligent pour garder les données en mémoire et tracer des courbes de tendances et, d’autre part, qu’en plus de déterminer ton poids, il spécule sur ta masse musculaire et ton pourcentage de graisse.

Inutile de dire que l’objet est à la fois fascinant (pour les obsédés de données que nous sommes) et salement déprimant. Heureusement qu’il est arrivé dans ma vie dans un creux de courbe : affaiblie par une infection, une hospitalisation, un jeûne d’alcool et une perte d’appétit considérable. Mais la sale bête s’entête à me considérer comme «obèse», ce qui est une insulte pour tout le monde excepté la mère de Gilbert Grape, tsé.

N’étant pas responsable de l’achat du gadget, je vais sans doute l’abandonner bientôt sans trop de remords. N’empêche, ça va peut-être me motiver à remonter en selle et à enfiler mes espadrilles, ce que je n’ai pas fait depuis des semaines, malheureusement.

La tempête s’est cependant calmée : je me suis presque débarrassée de mon rhume d’été, assorti d’une toux persistante, et j’ai appris que je n’aurais pas de nouveau port-à-cath (yé!). Les injections d’anti-corps (Herceptin et Perjeta) que je reçois à toutes les trois semaines se poursuivront donc par les veines puisque de toutes manières, il ne s’agit pas de produits agressifs comme les produits de chimiothérapie.

Alors que ces injections s’arrêteront probablement dans six mois, celle qui a pour but de m’induire la ménopause et qui a pour conséquence de faire un gros trou dans ma bedaine et dans mon porte-feuille, elle, se poursuivra aussi longtemps que l’hormonothérapie, c’est-à-dire une dizaine d’années. Je dois commencer, d’ailleurs, à prendre du Tamoxifène, un médicament anti-œstrogénique, dès la fin de ma radiothérapie.

Ce chapitre se terminera mardi (je m’étais trompée dans mes calculs…), après quoi, je pourrai reprendre un semblant de vie normale et me contenter de quelques visites mensuelles à l’hôpital. Évidemment, je suis consciente que ma vie ne sera plus jamais tout à fait normale. Mais comme je crois avoir réussi à conserver une vie à peu près normale au courant des derniers mois, je ne crains pas la transition.

Alors que je m’apprête à amorcer ma quarantième année parmi les humains, je suis extrêmement reconnaissante de tout le soutien que vous m’avez tous apportés au courant des derniers mois. Apparemment, je suis aussi nulle pour les conclusions que pour les titres de billets, alors je vous laisse avec l’anecdote du jour :

Au lendemain d’un souper tardif et hautement excessif à des centaines de kilomètres de chez moi, bien que j’obtienne un pointage honteusement bas au geek test, mon rêve serait de me peser le plus souvent possible au courant de la journée afin d’établir une courbe de tendance de récupération post-cabane-à-sucre-du-pied-de-cochon, mais je vais me contenter de cuisiner l’antidote, c’est-à-dire l’énorme pied de céleri qu’on a reçu dans notre panier d’hier.

Une réflexion au sujet de « Pied de céleri »

  1. Merci Catherine d’avoir partagé tes pensées tout au long de cette année d’enfer. Ta lucidité et ton humour acerbe me manqueront. Je te souhaite une vie normale merveilleusement anormale. J’espère (contre toute attente) que tu reviendras de temps à autre donner signe de vie. Adelante!

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